Été 2020

Je suis l’unique vague
De ma mer.

*

« Un cri qui déchire le ciel et mon sommeil.

Un cri désespérant suivi d’un silence que seule la nuit, le milieu de la nuit sait produire.

Un cri de naufragé

Sans la mer.

Un cri fracassé contre ma vitre.

Un cri qui exige une réponse.

Un cri.

Jaloux

De tout.

Un cri

De reproches préhistoriques.

Un cri-valise

Contraction sonore et brûlante de toutes les peines.

BAMBAMBAMBAMBAMBAMBAM!

Mon coeur glissé dans un mégaphone.

La mouette largue une autre plainte et l’onde de choc finit de fracturer mon coeur.

Il ne bat plus, il détale.

Soudain, j’aime cet homme-orchestre qui dort à mes côtés.

Le rythme régulier de son souffle,

de ses ronflements,

de son inspiration qui s’étire dans un long et pénible sifflement,

de son expiration que j’ai souhaitée, tout à l’heure, éternelle,

ses apnées sans fond sur lesquelles je me penche de peur que jamais il ne remonte,

maintenant

me rassurent.

Je m’accroche à cet homme-paquebot.

J’épouse les ondes qu’il diffuse généreusement.

Un phare radiophonique dans ma nuit. »

*

Théâtre intime.
Je brûle d’impatience
devant le bûcher de mes didascalies.

*

« Joseph est un solitaire.

Cette solitude qui tient chaud

par temps froid.

Mais une solitude.

Pas une fille

ni dans ses yeux

ni dans ses pensées

ni dans son coeur.

Ni dans le creux de ses mains.

Ni dans le creux de ses reins.

Lui le roc.

Moi la plume.

Je me disais que tout ce qu’il n’abandonnait pas à l’amour, il l’offrait à son art.

Je me le disais.

Et ça sonnait bien.

Et cela me consolait, moi.

Avant de partir, Joseph m’a refilé tous ses bouquins.

Un soir, j’en prends une dizaine, m’installe sur le canapé et les feuillète.

Voyage dans son paysage littéraire.

Des marques-pages qui racontent sa vie, aussi.

Sous-bock,

facturette,

billet de train,

papier de chewing-gum,

paquet Malboro déchiré.

Un pétale de rose.

Une carte postale.

Non timbrée.

Un nom.

Une adresse.

« Je suis tout à vous, Charlotte.

Tout à vous.

Signé: Joseph ».

*

« Je suis tout à vous, Charlotte », la phrase dite P.
L’auteur dit A.

P: Pourquoi je suis faite comme ça?
A: Comme ça?
P: Oui, je suis courte, nerveuse, inconséquente.
A: Moi je t’aime, bien.
P: J’ai l’impression que je suis ton excuse, ta dernière cartouche, ton prétexte. Et puis cet abandon à l’autre, c’est d’une impudeur.
A: Peut-être mais j’ai besoin de toi. Tu existes parce que je rêve, j’espère, j’attends qu’un homme, un seul, celui-là, pas un autre, te prenne dans sa bouche.
P: Et?
A: Et si ce jour arrive, ma belle, tu vas dégringoler, je vais te détester autant que je t’aime, tu ne seras même pas une vieille relique, j’ai horreur des souvenirs.
P: Bon…en attendant, tu me fous toujours dans des endroits où j’ai froid, où il n’y a personne. J’aimerais que tu me glisses sur un sofa, devant un feu de cheminée, j’aimerais que tu me scandes à tue-tête sur de la musique brésilienne, j’aimerais que tu te frottes nue sur mes lettres, j’aimerais que tu lèches chaque mot jusqu’à ce que tu comprennes ce que tu me fais dire, malgré moi.
A: Tu vois, tu te prends au jeu. J’ai eu raison de t’inventer, derrière ton petit minois et ta fièvre romantique, il y a les mains expertes, la fougue contenue de l’amant qui vient de loin, de très loin.
P: Si j’existais, vraiment, je ressemblerais à qui?
A: A moi…si j’étais un homme. »

*

« Je me rappelle la première fois que je t’ai vu, tu étais un passager métropolitain.

Un

parmi tous.

Assis,

ni avec,

ni contre les autres.

La chaleur rendait le trajet souterrain pénible.

Heureusement,

moi

intacte

invulnérable.

Entre mon oreille droite

et mon oreille gauche,

en tous cas.

Jusque-là, le seul frôlement possible,

entre toi et moi,

pouvait être

au mieux

au pire

celui de la toile de ton jean

contre le tissu de ma robe.

Je décidai de changer le cd de mon lecteur portable (je te parle d’un temps que les moins de…) mais cette entreprise s’avérait assez délicate. Encombrée de multiples sacs, je tentai de sortir le cd du lecteur tout en tenant le boitier de l’autre cd tout en retirant le cd désiré…bref, je cherchai une astuce, une pirouette magique. J’allais abandonner quand

sur ma droite

une main soudain

s’offrit à moi

comme une fleur qui s’ouvre.

Je cherchai d’abord le sens de ce geste

en te regardant,

incrédule,

voire méfiante.

Ton sourire complice me confirma que j’étais en train de vivre une expérience inédite:

tu proposais

d’accueillir mon cd,

de me faciliter la vie

sans aucune arrière-pensée testostéronée.

Depuis

je crois au miracle

du doux dans le dur. »

*

« Reprendre ici.
Dévisager à la dérobée.
Considérer.
Reprendre. Nuit hurlante. Fermer, la parenthèse.
Dérouter les yeux. Ausculter la main, les deux.
Inexorable, partout. Seulement.
Redresser le regard, engager vite.
Engager sans conséquence. Insister, repousser, reculer. Dépeupler.
Dérisoire.
Être concis, con, si. Assumer, assurer.
Et reprendre.
Aimer vite, bien, proprement.
Aimé proprement.
Hurler, de loin en loin.
Sourire aux portes fermées. Soulever la jupe. Glisser, imposer, retirer, oublier.
Désir. Atavique.
Point. Au bout de la ligne.
Reprendre, inverser, serrer mal, serrer tendrement mais mal.
Secouer, déranger, arranger l’eau. L’eau et la vie.
Secouer l’amant, autrement.
Cracher le rictus, laver, laver, décaper la gorge.
Reprendre ici.
Caresser sans attention, retirer l’intention. Retirer, caresser, mordre le jour et l’amant.
Séparer les yeux et le regard.
Séparer l’amant, reprendre l’amant, glisser l’amant, imposer l’amant.
Électrochoquer.
Aimer.
Reprendre. Ici. »

*

Apprivoiser.
Laissée là l’air de rien,
l’envie.
Sécher au soleil.
Attendre septembre, qui sait.
L’envie, menottée.
Une pente, décomplexée. Presque douce.
Envelopper de oui, inquiéter de soupirs, déclencher la Vague.
Et compter jusqu’à cent.
Négocier septembre.
Donner un avant-goût.
Rêves salés.
Le piment et l’envie
séchés au soleil.

*

« Eau de vie

Dans ces bras

Je baigne

La mer me berce

Autorise ce corps allongé

Paresseux encore

Se lever se redresser

Pas encore on te dit

Se laisser masser brasser

Corps flotté

Assis couché assis renversé

La mer se retire on te dit

Assis

Assis

Ok?

Et ces bouées là

Main en visière

Le plat le calme l’infini l’éternité

Lent nuit

L’horizon rêve lui

De voir les choses autrement

L’horizontal

Lui souffler dans les vertèbres

Lui faire la courte échelle

Qu’il aille voir ailleurs

Le corps

Punaisé

Suspendu

Cravaté

Hissé haut

Qu’il se lève

Comme un seul homme

Qu’il lève

Son corps

Qu’il quitte cette mer

Et ravale cette eau-de-vie. »

*

« La colère lente

C’est une vieille femme

affublée de vos clichés de sagesse

Elle sait

Vous pas encore

Elle ne bouge pas

Vous dans les starting-blocks, déjà

Le genou droit sautille

La gorge gronde

La vieille femme recoiffe ses pensées

avise de se repoudrer le nez

Le vôtre dans le guidon, déjà

Ça gratte

Ça démange

La respiration, trop courte

Les mots, les gros là, ça passera jamais

La vieille femme dodeline

Votre tête mouline

Les mots arrivent dans le désordre

Ça se lève

Ça s’agite

La vieille femme sirote l’instant

Votre cornet de frites en mégaphone

Vous cherchez

Un marteau

Un témoin

Une excuse

La vieille femme se redresse dans sa chaise

Avance son visage jusque-là

Je sais

J’ai vu

Tout

Si, d’aventure, vous niez

Elle craque une allumette

aspire avec délectation une bouffée de cigarette

Voilà ce que je ferai

longue expiration sur un requiem pour une cigarette qu’elle accordéonne dans le cendrier

De vous

De votre réputation

De vos privilèges

De votre impunité

De votre vie.

La colère lente

c’est une vieille femme

qu’on importune

à l’heure sacrée de l’apéritif. »

*

Soleil.
Amant terrible
Mais que puis-je lui donner, moi?

*

Désert provisoire
Tunnel avec hublots
Courber
L’échine
Et le reste
Septembre
Ça va darder
Peloter août
Et remercier les pickpockets
De nous voler
Ce qu’on ne veut plus.

*

Me faire un ciel
dans cette journée.

*

A la fenêtre.
Ma bouche et mon cœur impriment tout.

*

Les histoires d’amour finissent mal.
Des histoires
De l’amour
Des amours sans histoire
Des histoires qui finissent
L’amour qui finit dans une histoire
Des histoires qui font mal
Le mal d’amour le manque d’amour l’amour qui finit point. Finir mal est un pléonasme.
Penser à ce qui peut finir
Penser à ce qui pourrait finir ce qui n’a pas commencé
Une pensée comme un geste barrière.
Julia venait de rencontrer Marc.

*

Extérieur nuit. Autoroute. Très concentrée. A la radio: Supertramp. Pavlov musical. The dj saved my night…in my car. Mais ce soir, c’est l’épiphanie. Pas de clocher à l’horizon. Mon épiphanie. La tendresse l’attention la douceur la complicité je t’aime ma fille regarde comme la vie est belle hakuna matata. Mon père avait tout déposé là. Et je ne le savais pas.

*

Si je ne me couche pas de bonne heure,
le millefeuille de ma journée va bailler
les strates d’ennui s’agglutiner
les lignes de vanité fanfaronner
Mes larmes se feront loupe
Le millefeuille se fera accordéon
La mélancolie ainsi éventaillée
viendra se nouer dans ma gorge
Et j’abriterai tout ce qui ne veut pas dormir.

Si je me couche de bonne heure
au petit matin
j’écris.

*

Approcher
Se tendre
Ouvrir
Un à un
Les doigts
Exposer la vulnérabilité
Le cœur de la main
Offert
Battant
Palpitant
Attendre
Accepter la gravité
Envisager dans le poignet une rotation
Sentir le poids du ciel
Sur le dos de la main
Caresse liminale
Se lester enfin
Dans la main de l’autre
Se lover
Se délester
Jouir
A sa dérobée.

*

Devoirs de vacances.
Je pose 2020
Et je ne retiens rien.

*

Il se passe quelque chose quand il pleut
Je dis que je n’ai pas peur de la foudre
Je dis que je m’en fous de friser comme un mouton
Je dis que l’odeur de chien mouillé, je ne la sens pas
Je dis que mon t-shirt était déjà transparent
Je dis que les articulations qui donnent la météo, truc de vieux
Je dis que le fracas assourdissant de la pluie sur ma vitre ne me réveille jamais.
Quand il pleut, je ne suis bonne qu’à lire sous plaid en attendant que tout s’irise autour de moi.

*

 

Me noyer dans les mots
Parce que la mer est déjà pleine.

*

Je parle comme une voiture sur l’autoroute du sud

Je parle comme un enfant dans la forêt

Je parle comme deux singes assis

Je parle comme un oreiller qui attend

Je parle comme une main grande ouverte

Je parle comme un signe inconnu

Je parle comme une flamme dans la tempête

Je parle comme la neige sur la mousse

Je parle comme un café bien serré

Je parle comme les sanglots dans les violons

Je parle comme un caddie qui zone

Je parle comme une femme qui s’est maquillée sans miroir

Je parle comme d’autres fument

Je parle comme on ne m’a jamais demandé de le faire

Je parle comme si c’était la dernière fois

Je parle comme on désespère d’aimer

Je parle comme la mer siffle

Je parle comme un lundi alors qu’on est jeudi.

*

POUR celles et ceux qui voulaient venir

POUR celles et ceux qui ont réuni tout l’argent qu’elles et ils n’avaient pas

POUR celles et ceux qui en ont rêvé et pas seulement la nuit

POUR celles et ceux qui y ont cru

POUR celles et ceux qui y croient toujours le corps inerte traversé de tonnes d’eau salée et d’oublis

POUR celles et ceux qui ont promis qu’ils reviendraient

POUR celles et ceux qui ont voulu osé tenté essayé bravé sacrifié tout

POUR celles et ceux qui ne sont arrivé.e.s ni à bon port ni à aucun port

POUR celles et ceux qui ne sont pas venu.e.s, qui n’ont rien vu, qui ont vaincu leur peur du désastre.

Quand la nuit tombe, nous tremblons, pareil

Quand l’enfant paraît, nous exultons, pareil

Quand notre mère expire, notre cœur brise, pareil.

Les archives de la mer ont une mémoire insondable

Mieux vaut laisser de beaux souvenirs derrière soi.

*

Juste avant 2021

Le temps qu’il faut

Dire bonjour n’est rien

Derrière il y a tous les autres, les mots poussent bousculent

Éjection avant disparition totale

Je masse ramasse les feuilles et mon corps

Je dois revenir à moi

Les lacrymales ont creusé si profond

Cette tristesse là

Elle est à moi?

Ils ont mis le dédale en accès libre

Se perdre mon ami n’est plus une excuse homologuée

Retourne te coucher hiberner élucubrer

Le produit de ton sommeil sera supérieur à tout ce que tu accumules

Si.

*

Tes bras

le sein de ma mère

le sein de toutes les mères

le soleil au zénith et où il voudra

la vodka dans ma gorge

mon sexe autour du tien

mon corps d’après le thermomètre

le café dans le creux de ma main

la tête de mon enfant qui dort

la pierre brûlante de Matera

le frottement des corps des coeurs dans des espaces clos sombres qui n’attendaient que cela

la carte postale d’un ami perdu de vue et du reste

la buée coupable dans la salle de bain dans ta fuego

le degré celsius de nos débats inférieur à celui de nos ébats

toi ici et vous aussi

La Nuit

Toutes Les Nuits

De Toute La Vie

Elle dort

Dehors.

*

Je range

Personne ne le voit

Je range

Ce désordre là

Ce n’est pas le mien

J’ai décidé de tirer au sort les jours de la semaine

Marre des impositions directes

Au réveil

Je pioche

Voilà on est mercredi

Dans le métro

Les gens s’écartent

Surtout ceux des lundis

Le mercredi je ne suis pas malade

Le mercredi je fais des choses qu’on ne peut pas mesurer

Je le fais exprès

Avant de me coucher

Je fais un vœu pour le lendemain

Dimanche j’aime pas

Y a du monde

Suffit pas de le penser

J’ouvre la fenêtre

Je gueule

On m’a fait des propositions en lettres minuscules

J’ai refusé signé là en bas de la page merci

Extension de décharge

De quoi

De tout

Pour la vie

J’ai coché oui.

*

la fatigue démarre sous l’œil

glisse au menton

diagnostic: façade mal entretenue

l’ennui débarque

creuse des nids

refuge des désirs tués dans l’œuf

ça tourne en rond là-haut

je cherche une piste pas pour m’enfuir

pour atterrir

vingt ans que je vole stationnaire

« Terre complète »

vingt ans j’te dis

*

Je repeuple mes robes

J’ai mis un hip disque hop

Mes yeux tic tac de joie

Ce n’est pas une question de quoi déjà.

J’ai guirlandé les masques

À table six moins les membres fantômes.

J’ai mal.

*

Louve attentive
Sur ma joie rapatriée
Je veille.

*

Écrire
Revisiter ce qui n’a jamais existé.

*

Rapproche ce que tu veux

La cigarette de ton café

Ton lit de la fenêtre

Ton visage contre le sien

La dernière parole de ton voisin de la rayure sur ta bagnole ce matin

2020 avec… réfléchis bien

La poubelle de la sortie

Rapproche ce que tu veux

Reste

loin

de moi.

*

Le droit n’existe pas

.ce qui existe

.c’est l’espace

.dans ta vie tu sentiras plus souvent le vent glacial qui ne t’évite pas que la chaleur d’une âme qui a compris que toi aussi tu en avais une

.je reprends

.l’espace tu vas le sentir

.et si tu es pressé de vivre

.oublie est-ce que… vous croyez… j’ai déjà répondu… vous m’aviez dit… encore combien de jours… j’ai faim vous pourriez… vous savez… vous voulez bien

.oublie

.ne t’inquiète pas l’espace tu vas le sentir

.c’est lui qui t’accueille dans cette vie

.c’est lui qui se dérobe à la fin

.après

.à ce jour nul ne sait.

*

NOVEMBRE ETC

Vous ne voyiez rien vous ne voyez rien je suis là dans vos secondes vous respirez trop vite pour me voir c’est moi qui dicte les battements de vos cœurs, de vos pensées. la cécité le refuge n’est-ce pas, la peur bat plus fort que votre joie, pauvres de vous, quand vous ouvrez la bouche, je m’engouffre, ces mots ce sont les miens je tiens l’ordre du monde et pas seulement celui de vos journées, je classe j’empile j’étiquette je configure je géométrise je condense, les pointillés à découper autour de vous c’est moi. vous croyez vraiment que tout ça tout ce qui vous entoure tout ce qui vous tient debout EXISTERAIT? réveillez-vous. Le chaos je le filtre sinon vous ne pourriez pas respirer, ok?

*

Je me dis souvent

si je meurs demain

mes regrets me feront la haie d’honneur.

Et ça change quoi?

Je me dis souvent une fille j’aurais bien aimé une fille.

Et ça change quoi?

Je me dis souvent

si c’était à refaire

je ne demanderais pas mon chemin.

Et ça change quoi?

Je me dis souvent

le bébé qui ne vient pas

il doit avoir ses raisons.

Et ça change quoi?

Je me dis souvent

il y en a qui s’aiment.

Et ça change quoi?

Je me dis souvent

si

alors.

Et ça change quoi?

*

Champ d’amour au repos
Merci de ne pas piétiner.

*

Voilà c’est fait

je suis devenue le vent

je n’ai eu besoin de personne

le souffle dans mes bronches

dilatation

dispersion

des sentiments

des cendres

débarrassée de mes tourments éternels

désormais

la tourmente

ce sera moi.

*

Le monde a tout annulé

Crash du temps contre la rétine

Tire

Étire

Les images luttent

A celle qui fera la meilleure impression

Moi je ne retiens rien

Plus

Ni les noms

Ni son corps

Tout va glisser

Au passage

Les souvenirs

Arrachés

Au cœur

Le mien

Ta-ble-rase

Ce monde a tout donné.

MERCI D’ÉTEINDRE LA LUMIÈRE EN SORTANT

*

Nuit

Je me suspends à ton cou

Mes draps jaloux contiennent mon corps

Nuit

Je te fuis comme je t’aime

Volets battants au rythme de mon cœur

Nuit

Ma vérité ouverte aux quatre vents

Ce loup tant promis

Où est-il?

*

Les doigts croisés sur sa vanité

Les dents serrées en travers de son hoquet

Il me regarde avec sa bouche

Il ne me dit rien.

Qui vaille.

*

Une vérité presque dangereuse, lancée là comme ça en pleine face, même pas le temps de lever un coude, un pied, elle gicle, les parapluies sont perméables à la vérité, si.
*
La jalousie est une équation dommage je n’ai pas bien suivi les cours de math déjà c’était compliqué, la jalousie je pense qu’il faut qu’il y ait du monde, cela doit commencer à trois sinon c’est plutôt une dissert on a du temps pour en parler pour développer, les maths c’est quand on veut aller vite être efficace, hop on calcule un degré de jalousie, hop on fait un grand pas dans la bonne direction, on est sauvé, on se sauve.
*
Image subite comme un vent majeur sur la Seine, les doigts glissent sur les plis où les vagues ne vont pas, le ciel suit il imite il gonfle il va caresser préparez-vous c’est lent un peu trop ça ralentit vous sentez un vertige très léger dans la gorge, vous courez en arrière le meilleur ralenti d’Hollywood.
*
Il lisse sa chevelure ça ne veut rien dire il l’a fait des milliers de fois là tu as posé tes yeux sur lui à cet instant, quelle angoisse dans le couloir, alors recule un peu, l’espace va agir sinon le bénéfice réduit à vue d’œil, et depuis tu as tout le temps envie de dire « frame » parce que tu sais ce que cela veut dire depuis hier, tu cherches à quel moment tu vas pouvoir le dire le glisser dans la conversation, et Irène dit c’est nul ta nouvelle passion.
*
La plus mal ratée de toutes la pomme elle est rouge tu l’as peinte en bleu tu aurais dû faire une caravane ça ça passe mais bleue la pomme peut-être que tu as mal dormi, d’habitude tu fais les choses bien, là ça me fait de la peine un peu comme la dernière note du tango, je m’assois tu peux faire des choses vraiment plus belles mieux coloriées comme la vie hein.
*
N’importe quoi d’autre c’est ce qu’elle dit dès qu’elle s’ennuie elle dit ça, je ne vois pas à quoi elle fait référence j’ai cherché, parfois il y a des gens qui disent n’importe quoi c’est clair je le vois tout de suite mais là elle pense à quelque chose qui n’existe pas, c’est comme si j’étais bloquée dans un virage.
*
Elle les passe à gémir, alors je mets ma tête sous la couette il y a de l’air et la lumière est plus douce, au minimum j’ai peur, je fais en sorte que personne ne m’approche, j’arrondis tout, la pièce devient un cirque et je me sens mieux merci.
*
Ses enfants pour la plupart semblent des fœtus, la collection est posée sur une étagère il y a aussi des livres qui parlent de genèse de temples des dauphins qui auraient joué un rôle déterminant dans l’évolution, les livres d’histoire sont vides à ce sujet on m’a expliqué qu’ils ne peuvent pas tout dire, les livres, On ne les croirait pas! je vais quand même en parler autour de moi, pour voir si on peut faire quelque chose.
*
Contre l’autre contre moi c’est presque égal au début je ne voyais pas la différence parce que la peau qu’elle touche ou pas ça ne change rien on a froid on a chaud l’autre peut comprendre cela, toi aussi.
*
La forme, La beauté! au petit-déjeuner je demande qu’il me le dise en découpant les syllabes, le pain et les croissants, et je l’écoute, je suis calme le matin, La forme, La beauté! cul sec et quand j’étais peintre c’était même avant le café, les yeux à peine ouverts La forme, La beauté! vlan plaquage confraternel, gaffe aux émotions ascensionnées au décor qui penche c’est pas pour tout le monde ok.
*
Le contact de ce vers m’a réduite, j’ai levé les bras et personne n’est venu, je voulais au moins me relever pour regarder par dessus, les vers ont filé comme des chevaux, on aurait dit de la prose, il devait être content, le vers, retrouver sa tribu, c’est important on respire mieux, moi je suis restée à terre.
*
Dans l’intérieur noir de l’amour il fallait avancer, je n’ai pas osé dire que j’avais oublié mes chaussons, ceux qui sont roses, le couloir était jaune violent, j’ai mis mes mains sur mes oreilles une astuce de ma mère.
*
Les problèmes œdipiens n’ont jamais le goût que l’on imagine c’est une glace double, la forme on n’est pas déçu mais en parfum on aimerait l’odeur des cheveux après le sexe, personne ne sait faire cela.
*
Constellé des gouttes c’est déjà ça il part avec un avantage, le désert c’est une constante rassurante on peut avancer sans se soucier de l’heure, en ville je n’y arrive pas.
*
Vaguement vainement c’est la plus belle déclaration je ne m’y attendais pas, vaguement vainement ça voulait dire qu’il allait y réfléchir, il ne voulait pas s’engager c’est-à-dire à la légère, le poids des mots etc
***

J’ai boutonné ma veste, le menton bien baissé, tu as répété « je ne sais pas comment faire, autrement » et moi ça m’a désertée, j’ai hoché la tête comme une gamine qui fait semblant de comprendre, j’ai hoché et je suis sortie.

J’avançais d’un pas pointu. C’était violent, efficace, ça m’arrangeait ouais.

Hier j’ai eu la même conversation, avec un autre, il a dit un truc similaire l’amour en moins. Et j’ai senti juste entre mon cœur et tout le reste en-dessous un courant glacé, traduction non simultanée

de ce que tu voulais me dire

de ce que tu avais dit.

Donc superposition de violences

chaos enclenché.

Je t’aime ouais.

***

Le chemin vers les eaux poissonneuses, promesse sans cesse renouvelée, j’aime son de-ci de-là et sa façon délicate de me cacher le désastre en inventant un virage, là.

*

Obsolescence des cœurs
Ah?

*

La possibilité que vous me frappiez le premier, on ne va pas se mentir j’ai grandi dans les montagnes je vais rester là bien planté vous sautillez d’accord ce matin j’ai déjà combattu plus fort plus courageux plus fou je vais vous laisser allonger votre bras votre peur jusqu’à moi vous allez voir comme c’est bon de ne rien comprendre.

*

Même si l’on est dieu n’est-ce pas? Ça dévale dans ma gorge j’ai promis mais là je ne peux pas on m’a dit tu comptes jusqu’à cent cette nuit tout s’est déréglé après des mois de continence je vais parler je vais parler je vais parler je vais parler je vais parler je vais parler.

*

Les sentiments ne s’échangent que dans le noir bien serré.

*

Ne faisons-nous rien d’autre que nous lever nous laver ouvrir la bouche nous aligner avec des angles morts brosser le vide le nôtre et ça prend du temps la liste s’allonge, l’imprévu est une araignée. J’aimerais tellement qu’il me serre dans ses bras.

*

Jamais ça
Toujours ça
Jamais ça
Toujours ça
J’aimais ça.

*

Les cernes indiquent où sont les yeux.

*

Les courbes gracieuses me désarment, je m’incline avec elles, ma poigne se liquéfie, une chose restera bien dure la seule.

*

Mes mains à tâtons sur vos lois

Les yeux baissés c’est pas pour m’excuser

c’est pour écouter ce qui chante là et que vous n’entendez pas

Je referme la p.

*

Messes basses
Perles de vos chapelets bien serrées autour de notre cou.

*

de m’assoir de regarder de ne LE CHAOS pas dépasser du coin de ne pas vous réveiller de revenir demain de renouveler LE CHAOS mon appel de ne pas chercher à dormir de ne pas me sentir lacrymogénée de dire LE CHAOS oui merci d’accord je vais bien j’ai un peu ffffroid ça va, passer, je n’ai pas mangé ça va, aller

je cache

tout

pour que vous ne tombiez pas

plus bas que moi.

*

valse opportune

chaussures trop brillantes pour être honnêtes

désormais renouvellement automatique des sentiments

10h58

à quoi sert le temps

à espacer les effondrements.

*

Je n’ai pas peur du noir profond
J’ai peur de son chemin incertain.

*

Pas le moment d’être frileux
Promesse de ma bouche d’incendie.

*

Dévaler

des vallées

de larmes sur la joue

Relever la robe et les soucis

Envelopper ce qui me fuit

Ma bouche à incendier la mauvaise foi ou le havre de vos nuits

Rouge à tous les étages

Tête inclinée

Esquiver la rectitude des sentiments

Joie précède jouir

Ah

La boule de flipper sais-tu ne se résout

à rentrer

dans le trou.

*