Été 2020

Je suis l’unique vague
De ma mer.

*

« Un cri qui déchire le ciel et mon sommeil.

Un cri désespérant suivi d’un silence que seule la nuit, le milieu de la nuit sait produire.

Un cri de naufragé

Sans la mer.

Un cri fracassé contre ma vitre.

Un cri qui exige une réponse.

Un cri.

Jaloux

De tout.

Un cri

De reproches préhistoriques.

Un cri-valise

Contraction sonore et brûlante de toutes les peines.

BAMBAMBAMBAMBAMBAMBAM!

Mon coeur glissé dans un mégaphone.

La mouette largue une autre plainte et l’onde de choc finit de fracturer mon coeur.

Il ne bat plus, il détale.

Soudain, j’aime cet homme-orchestre qui dort à mes côtés.

Le rythme régulier de son souffle,

de ses ronflements,

de son inspiration qui s’étire dans un long et pénible sifflement,

de son expiration que j’ai souhaitée, tout à l’heure, éternelle,

ses apnées sans fond sur lesquelles je me penche de peur que jamais il ne remonte,

maintenant

me rassurent.

Je m’accroche à cet homme-paquebot.

J’épouse les ondes qu’il diffuse généreusement.

Un phare radiophonique dans ma nuit. »

*

Théâtre intime.
Je brûle d’impatience
devant le bûcher de mes didascalies.

*

« Joseph est un solitaire.

Cette solitude qui tient chaud

par temps froid.

Mais une solitude.

Pas une fille

ni dans ses yeux

ni dans ses pensées

ni dans son coeur.

Ni dans le creux de ses mains.

Ni dans le creux de ses reins.

Lui le roc.

Moi la plume.

Je me disais que tout ce qu’il n’abandonnait pas à l’amour, il l’offrait à son art.

Je me le disais.

Et ça sonnait bien.

Et cela me consolait, moi.

Avant de partir, Joseph m’a refilé tous ses bouquins.

Un soir, j’en prends une dizaine, m’installe sur le canapé et les feuillète.

Voyage dans son paysage littéraire.

Des marques-pages qui racontent sa vie, aussi.

Sous-bock,

facturette,

billet de train,

papier de chewing-gum,

paquet Malboro déchiré.

Un pétale de rose.

Une carte postale.

Non timbrée.

Un nom.

Une adresse.

« Je suis tout à vous, Charlotte.

Tout à vous.

Signé: Joseph ».

*

« Je suis tout à vous, Charlotte », la phrase dite P.
L’auteur dit A.

P: Pourquoi je suis faite comme ça?
A: Comme ça?
P: Oui, je suis courte, nerveuse, inconséquente.
A: Moi je t’aime, bien.
P: J’ai l’impression que je suis ton excuse, ta dernière cartouche, ton prétexte. Et puis cet abandon à l’autre, c’est d’une impudeur.
A: Peut-être mais j’ai besoin de toi. Tu existes parce que je rêve, j’espère, j’attends qu’un homme, un seul, celui-là, pas un autre, te prenne dans sa bouche.
P: Et?
A: Et si ce jour arrive, ma belle, tu vas dégringoler, je vais te détester autant que je t’aime, tu ne seras même pas une vieille relique, j’ai horreur des souvenirs.
P: Bon…en attendant, tu me fous toujours dans des endroits où j’ai froid, où il n’y a personne. J’aimerais que tu me glisses sur un sofa, devant un feu de cheminée, j’aimerais que tu me scandes à tue-tête sur de la musique brésilienne, j’aimerais que tu te frottes nue sur mes lettres, j’aimerais que tu lèches chaque mot jusqu’à ce que tu comprennes ce que tu me fais dire, malgré moi.
A: Tu vois, tu te prends au jeu. J’ai eu raison de t’inventer, derrière ton petit minois et ta fièvre romantique, il y a les mains expertes, la fougue contenue de l’amant qui vient de loin, de très loin.
P: Si j’existais, vraiment, je ressemblerais à qui?
A: A moi…si j’étais un homme. »

*

« Je me rappelle la première fois que je t’ai vu, tu étais un passager métropolitain.

Un

parmi tous.

Assis,

ni avec,

ni contre les autres.

La chaleur rendait le trajet souterrain pénible.

Heureusement,

moi

intacte

invulnérable.

Entre mon oreille droite

et mon oreille gauche,

en tous cas.

Jusque-là, le seul frôlement possible,

entre toi et moi,

pouvait être

au mieux

au pire

celui de la toile de ton jean

contre le tissu de ma robe.

Je décidai de changer le cd de mon lecteur portable (je te parle d’un temps que les moins de…) mais cette entreprise s’avérait assez délicate. Encombrée de multiples sacs, je tentai de sortir le cd du lecteur tout en tenant le boitier de l’autre cd tout en retirant le cd désiré…bref, je cherchai une astuce, une pirouette magique. J’allais abandonner quand

sur ma droite

une main soudain

s’offrit à moi

comme une fleur qui s’ouvre.

Je cherchai d’abord le sens de ce geste

en te regardant,

incrédule,

voire méfiante.

Ton sourire complice me confirma que j’étais en train de vivre une expérience inédite:

tu proposais

d’accueillir mon cd,

de me faciliter la vie

sans aucune arrière-pensée testostéronée.

Depuis

je crois au miracle

du doux dans le dur. »

*

« Reprendre ici.
Dévisager à la dérobée.
Considérer.
Reprendre. Nuit hurlante. Fermer, la parenthèse.
Dérouter les yeux. Ausculter la main, les deux.
Inexorable, partout. Seulement.
Redresser le regard, engager vite.
Engager sans conséquence. Insister, repousser, reculer. Dépeupler.
Dérisoire.
Être concis, con, si. Assumer, assurer.
Et reprendre.
Aimer vite, bien, proprement.
Aimé proprement.
Hurler, de loin en loin.
Sourire aux portes fermées. Soulever la jupe. Glisser, imposer, retirer, oublier.
Désir. Atavique.
Point. Au bout de la ligne.
Reprendre, inverser, serrer mal, serrer tendrement mais mal.
Secouer, déranger, arranger l’eau. L’eau et la vie.
Secouer l’amant, autrement.
Cracher le rictus, laver, laver, décaper la gorge.
Reprendre ici.
Caresser sans attention, retirer l’intention. Retirer, caresser, mordre le jour et l’amant.
Séparer les yeux et le regard.
Séparer l’amant, reprendre l’amant, glisser l’amant, imposer l’amant.
Électrochoquer.
Aimer.
Reprendre. Ici. »

*

Apprivoiser.
Laissée là l’air de rien,
l’envie.
Sécher au soleil.
Attendre septembre, qui sait.
L’envie, menottée.
Une pente, décomplexée. Presque douce.
Envelopper de oui, inquiéter de soupirs, déclencher la Vague.
Et compter jusqu’à cent.
Négocier septembre.
Donner un avant-goût.
Rêves salés.
Le piment et l’envie
séchés au soleil.

*

« Eau de vie

Dans ces bras

Je baigne

La mer me berce

Autorise ce corps allongé

Paresseux encore

Se lever se redresser

Pas encore on te dit

Se laisser masser brasser

Corps flotté

Assis couché assis renversé

La mer se retire on te dit

Assis

Assis

Ok?

Et ces bouées là

Main en visière

Le plat le calme l’infini l’éternité

Lent nuit

L’horizon rêve lui

De voir les choses autrement

L’horizontal

Lui souffler dans les vertèbres

Lui faire la courte échelle

Qu’il aille voir ailleurs

Le corps

Punaisé

Suspendu

Cravaté

Hissé haut

Qu’il se lève

Comme un seul homme

Qu’il lève

Son corps

Qu’il quitte cette mer

Et ravale cette eau-de-vie. »

*

« La colère lente

C’est une vieille femme

affublée de vos clichés de sagesse

Elle sait

Vous pas encore

Elle ne bouge pas

Vous dans les starting-blocks, déjà

Le genou droit sautille

La gorge gronde

La vieille femme recoiffe ses pensées

avise de se repoudrer le nez

Le vôtre dans le guidon, déjà

Ça gratte

Ça démange

La respiration, trop courte

Les mots, les gros là, ça passera jamais

La vieille femme dodeline

Votre tête mouline

Les mots arrivent dans le désordre

Ça se lève

Ça s’agite

La vieille femme sirote l’instant

Votre cornet de frites en mégaphone

Vous cherchez

Un marteau

Un témoin

Une excuse

La vieille femme se redresse dans sa chaise

Avance son visage jusque-là

Je sais

J’ai vu

Tout

Si, d’aventure, vous niez

Elle craque une allumette

aspire avec délectation une bouffée de cigarette

Voilà ce que je ferai

longue expiration sur un requiem pour une cigarette qu’elle accordéonne dans le cendrier

De vous

De votre réputation

De vos privilèges

De votre impunité

De votre vie.

La colère lente

c’est une vieille femme

qu’on importune

à l’heure sacrée de l’apéritif. »

*

Soleil.
Amant terrible
Mais que puis-je lui donner, moi?

*

Désert provisoire
Tunnel avec hublots
Courber
L’échine
Et le reste
Septembre
Ça va darder
Peloter août
Et remercier les pickpockets
De nous voler
Ce qu’on ne veut plus.

*

Me faire un ciel
dans cette journée.

*

A la fenêtre.
Ma bouche et mon cœur impriment tout.

*

Les histoires d’amour finissent mal.
Des histoires
De l’amour
Des amours sans histoire
Des histoires qui finissent
L’amour qui finit dans une histoire
Des histoires qui font mal
Le mal d’amour le manque d’amour l’amour qui finit point. Finir mal est un pléonasme.
Penser à ce qui peut finir
Penser à ce qui pourrait finir ce qui n’a pas commencé
Une pensée comme un geste barrière.
Julia venait de rencontrer Marc.

*

Extérieur nuit. Autoroute. Très concentrée. A la radio: Supertramp. Pavlov musical. The dj saved my night…in my car. Mais ce soir, c’est l’épiphanie. Pas de clocher à l’horizon. Mon épiphanie. La tendresse l’attention la douceur la complicité je t’aime ma fille regarde comme la vie est belle hakuna matata. Mon père avait tout déposé là. Et je ne le savais pas.

*

Si je ne me couche pas de bonne heure,
le millefeuille de ma journée va bailler
les strates d’ennui s’agglutiner
les lignes de vanité fanfaronner
Mes larmes se feront loupe
Le millefeuille se fera accordéon
La mélancolie ainsi éventaillée
viendra se nouer dans ma gorge
Et j’abriterai tout ce qui ne veut pas dormir.

Si je me couche de bonne heure
au petit matin
j’écris.

*

Approcher
Se tendre
Ouvrir
Un à un
Les doigts
Exposer la vulnérabilité
Le cœur de la main
Offert
Battant
Palpitant
Attendre
Accepter la gravité
Envisager dans le poignet une rotation
Sentir le poids du ciel
Sur le dos de la main
Caresse liminale
Se lester enfin
Dans la main de l’autre
Se lover
Se délester
Jouir
A sa dérobée.

*

Devoirs de vacances.
Je pose 2020
Et je ne retiens rien.

*

Il se passe quelque chose quand il pleut
Je dis que je n’ai pas peur de la foudre
Je dis que je m’en fous de friser comme un mouton
Je dis que l’odeur de chien mouillé, je ne la sens pas
Je dis que mon t-shirt était déjà transparent
Je dis que les articulations qui donnent la météo, truc de vieux
Je dis que le fracas assourdissant de la pluie sur ma vitre ne me réveille jamais.
Quand il pleut, je ne suis bonne qu’à lire sous plaid en attendant que tout s’irise autour de moi.

*

 

Juin 2022

scolopendre arriviste

cela grouille

décélère

extrême onction revisitée

rien ne sera laissé au hasard

cela pendule croqueville émoncte des langues bien pendues

le

hasard

se

repent

*

dans le métro 
je caracole
à cloche-pied sur les rails tendue vers un tunnel de
désirs chargés 
de
lassos inlassables 

à nos vulves embaumées

*

valse tempérée 
hula hoop sur le quai
je résine et toutes têtes dévissées 
pan latéral c'est ma joue
rouge par endroits 
my buffalo likes it like that

*

vitrail 
je vibre à la goulée de ses mots
en ouvrant les bras en croix je caresse en une fois les coulisses et les dieux 
c'est bon mais je glisse aux aveux les miens d'un geste je résous tous les labyrinthes et prétends que je ne cherche pas 
pourtant 
je pars


*


joues et fesses écarlates 
la canicule a bon dos


*


elle savait se taire en vain

la rumeur intérieure est une datation mais personne ne l'entend 

ce qui s'éteint a commencé quand ?


*


la barbe ne va pas à tout le monde


*


je suis raccord
cela ne veut rien dire 
je le dis
pour moi-même 

les ailes
je les ai trouvées 
seules
au sol
si


*


ce qui pèse c'est la langue dans la bouche
le chocolat est une conséquence 
si on fume cela s'annule

il n'est pas aisé de s'aimer


*


à charge
les petits pas comptent 
cela dépêche ce qui se croyait mort

les murs les miens
sculptent 
à propos

j'observe ce qui se couche sur ce qui ne l'est pas

je soulève avec affection


*


cela ruisselle la bouche en coupelle un petit peuple sa fantaisie à bout de bras politesse détournée renversée 
cela fond cela fouine mon bison n'est pas loin cela pourrait changer cela pourrait captiver 

la vie dématérialisée a-t-elle un rapport avec la vie des anges ?


*


enchantée
en chantier
les marches manœuvrent 
soulèvent un damier de matelas où cellules et chambres nuptiales se jouxtent 
la témérité est une figure isocèle qui ne donne jamais le troisième angle 

sinon dedans
washing machine used to be a television


*


mon loup lappe 
frontière franche
cela bruisse cela dit une ou quatre fois que c'est par là les cabrioles à l'ancienne herbes fraîches ou foins les bagnoles aux ouvertures manuelles les vélos à pédaler langue pendue combien de doigts dans la confiture 

minuit est un soupir qui réveille un lit à sec


*


une béquille sous l’œil droit 
garance aux poignées 
romantique est une barque sur graviers d'un lit obsolète 
!
je fiche fort
et je file


*


cela ondoie 
la légende gonfle sous la pulpe du doigt
les coquelicots émettent un son 
si

cantine rouge
armée de sexes désorientés 
cela singe
ne convainc 

j'ai lu 423 fois l'incipit 
cela ondoie


*


ma voix couleuvre
l'ampoule est rouge
mes yeux se sont habitués 
à elle
le reste du corps
à volonté 
plie 
han !

là 
elle grésille clignote mijote 
si 
elle s'éteint 

moi


*


je brasse
encore 
il n'y a pas d'heure 
j'aime le régulier je sais qu'il ne va pas durer

les cercueils sont des bémols en tous lieux
les cercueils sont des recueils 

et Paris suce des fonds
de verre 
de bière 
de salle


*


ce n'est pas l'escalade 
je charne
je compte sur les toits
et les blues de poche

cela ronge rit 
un ballet de doigts 
sous ce que l'on note pour 
oublier 

la honte le haut-le-cœur la falaise là 
chute


*


je meuble des petits territoires sans bruit
j'insiste cela pourrait réjouir 
je lance
n'attends réplique 
cœur aux néons 
et bisons accoudés 
je tasse les angles des rues pour qu'ils me soient favorables


*


large
rame
douve me voulez-vous 

j'ai écouté une vie ce soir
une vie cela tient dans 95 minutes 
une vie ça te fait trembler et rire et hurler Que tout change Que rien ne change 95 ça tient ah oui il y a eu la poésie on aurait voulu l'entendre 
plus
mais 95 alors on se lave le coeur en se frottant aux sourires photogéniques on a failli dire merci 
mais va falloir ramer 
va falloir y aller
que la poésie l'enveloppe 
qu'elle soit sa digne compagne maintenant et après 
allez


*


de guerre lèche 
plaies et enclumes
roussi sous palmier
l'été valdingue
cherche une cinquième saison

ô une garce dans le lagon


*


le tourment en étai

je dessine au clou 

je fais des petits tas de tout

l'écluse ouvre à 16h48

l'été je nettoie plus fort qu'au printemps 

sinon dehors 
cuicui


*


la mare miroite 
je toise à la main 
les amarres silencieuses 
ce qui n'existait pas hier
les saumons fricassent 
mon cerf en proie
aux ciels sans tain


*


une chambre 
les murs ont la couleur d'un cocktail bleu vert, alcool fort et ringard

gling a ling a ling a ling pastilles solaires sonores encore encore 

où suis-je


*


détail apocalyptique 
c'est le souffle
le souffle d'un seul domino qui fera table rase

c'est pourquoi nous avons appris à ne pas marcher les uns derrière les autres


*


in carne
le tatouage balafre une vie en mieux
à cause de la lumière 
je souris

l'ennui bouffit et bourrasque dès la porte refermée


*


Pompéi est épuisé 

et les cavaliers seuls


*


je dessine un carré sans les coins
je m'assois où cela penche
je joue 
de la flûte
les voisins m'en veulent 
la joie est un prurit 
si l'on n'y prend garde


*


je porte
mon attention
cela 
soulage
bouche sans commune mesure

il y a des pentes il y a des pièges il y a des cathédrales à nos pieds


*


monstre marin augmenté dont les tentacules imitent les rails d'un métro parisien 
la bouche de ma voisine poque poque poque
les wagons compartimentent nos refoulés 

je ne parlerai qu'en présence de mon tailleur


*


dans le hall
des marches scélérates 
bison dans son gueuloir 
les courbettes vont bon train
quand seul un verre bien tassé peut démarrer les hostilités


*


entournures et gêne passagère 
en réseau en arceau en sursaut 
les crabes se déplacent en contournant une faille connue d'eux seuls

tout part d'un malentendu bien compris


*


les murs murènent 
les pierres soulèvent 
le matin le dehors perce verse plus que je ne saurais embrasser 

la sirène rêve de son capitaine ad hoc


*


les rinques recommencent 
je cligne des mains 
je pâmoise au rabais 
je sastre au feutre noir

je ne demande jamais deux fois 
dommage


*


orgone 
brouve 
remue mieux
ce qui se décolle réclame langues ou plus timbrés encore

la voix dégorge et ce n'est pas une question de ralenti


*


petit carreau en dépression 
il accueille et ne rougit
les pleins les reliés 
les cravates cravachent des complets dépourvus  

la rivière coule et ne pourrit


*


la nuit pluie et pique 
énergumènes au buisson
bisons affalés 
les sirènes battent le pavé 

détail 
sein brun sur sexe non opposé


*


souterrain de larmes et de joyaux
à ce point
cela triborde 
les vagues
l'âme 
bla
bla
bla


*


souffle au cutter 
ce qui engendre me flanque 
éperdu n'est pas un gros mot
ce qui palpite est un ver amoureux


*


je soupire au passant

glace à la boue 
profil éblouissant 
dévisages et comptines à lécher 

je pousse au bois et règle la fusion au plus bas

all is always in progress


*


sí que puedo llorar
silence glue puante les murs ont de la gueule les coquelicots ô les coquelicots argulent tant qu'ils peuvent 

j'attends salaisons au clair de lune

l'amour bétonne 
et pas l'inverse


*


placarme 
je cise
je sevelis 
j'écrase piments et plaintes tenaces

le sarcasme est un salto arrière loupé


*


réplique 
plage frontale
réplique 
poignées dans la neige 
réplique 
bouches ballantes dans le combiné 
réplique 
falaise appliquée 
réplique 
planque

au commencement la joie
en bloc


*


liminal
je trie
le dehors aimerait beaucoup rentrer
je souffle dans toutes bronches
charbon épais autour de mes yeux de ma couche
ardent tient


*


enfle
encline
bidons maternels 
paredes rojos y chiquita morena 

la mémoire joue
détours


*


putois en cloque
pigeons jetlagués 
des sirs 
des chars 
des chœurs 
j'avale une frise verticale 
les douze dieux de l'Olympe voguent en pirogue
ne reconnaissent rien 
sinon
le soleil


*


scarlet carpet 
le nombril est une vigie en mal de mère 
on peut mourir 
on peut attendre

je signe d'une lèvre


*


hystérie historique 
ce qui console a-t-il besoin de consolation

les casinos c'est pour savoir combien
tu es prêt à payer
pour cette vie
là


*


warning 
il n'y a pas que les pompiers qui pompent 
demain je me Baconise


*


matelas et plafonds
géométrie des corps en lévitation 
le béton est armé le pauvre
le sourire est une claque pour qui préférerait
pas


*


coléoptères 
fulmine avant ton café 
le chaos c'est pour vérifier 
si tu es toujours vivant


*


mon bison a fort à faire
les étages découpent 
sinon on s'aimerait 
trop


*


les petits principes ça quadrille
le ventre
mollo dans les virages
tes calvaires échevelés bordent une highway to hell


*


comment 
le dehors rentre traverse 
hé ho les ébaubis
vous caressez encore 
la guerre ne lasse
les glaires non plus
j'éclaircis ma voix
et j'arrive


*


candélabre 
où l'ennui sèche 
les crocs affleurent 

quelle seconde as-tu loupée ?


*


la laisse est tranquille le rodéo en trente-deux leçons on a plus vite fait de baisers
les pieds de l'inconnue 
le cocktail sans piano 
la nuit recèle 
les pieds de celle

chambre avec vous


*


buffle en faction
les papillons gazellent 
les sexes réduisent d'eux-mêmes 

cela mijote 
les orifices c'est pour ça 

j'ai des fanons plein la bouche
pfff


*


farce féroce 
je gramine réduis les sourires 
place 
pour mon écriture qui chialle
Camille C 
me dit
l'amour dévale à l'instant de la Porte de l'Enfer 
Camille sait


*


que devenons-nous ?


*


à mes armures
à mes encolures ratées
je me poste
je piste
ton
odeur
c'est régulier
la biche a le blues
les cerfs sont rares


*


l'envie de rire et de pleurer
comme un hoquet 
est-ce aimer


*


harche harche crache
vrai travail vraie défonce pour nos
corps 
désormais
frontale cousue
je voudrais qu'elle n'aille pas trop
vite
je répète
mots mélasse pétasse
débarque dans mon histoire 
cheveux sur ma soupe
elle ne
frissonne ne
s'étonne
elle bat prairies pavés corps ardents
je l'attends
tant


*


et là
c'est la cartouche
quoi ?
la poussée la criée la falaise qui s'affale
le paternel en chute de piédestal
cartouche j'te dis
canicule cannibale
quoi ?

le déluge en prologue


*


dos aux murs
la vue est si belle


*


ma joie lantine 
de sillons
en empires 

cocotier déplumé 
gare
gare 

la peine plante mais ne pourrit


*


j'incante
je creuse un canal vers 
l'eau de là 

je pousse la rivière et autres rigoles
je pousse

putsch poétique dans mon
corps 

dimanche


*


hanches au large


*


je pinacle 
résidus de résidus je fabrique un bloc un truc un temple vert sublime j'encense couloirs plateaux du ciel j'encense 
Noé 
je peux excaver prier en canon inviter des soupapes 

rire diluvien


*


et encore 
l'escalier partage 
les eaux du haut
je ravale


*


liquide liquide vase constrictor monuments aux marguerites j'aimerais tant
flotter
par temps de braise je dresse des oreillers 
j'esquisse une biguine le ciel ploie
mon cerf élucubre se cabre 

peut-on se pencher sans gravité


*


Pierre habite 
les sapins aussi
le lac aussi
le silence
la ville pas plus
la ville dévisse 
la ville scande 
Pierre orchestre souffle dedans dehors personne ne marche sur personne cela coûte et réjouit la fugue sans préavis 
Pierre sonore


*


un tas de cuisses. une rixe pour baliser. des chemins étroits pour nos corps sucés de froid de tant de nuits 
sans soupirs
le désert est en pente ce matin les mots collent veulent faire phrase je brousse là 
comme il est doux de ne pas attendre


*


glace empourpre jalonne ampe rampe ronge gruge hèle pénètre ventre à cru 
les jolies filles ou autres cela accélère la course du manque hurlement passible 
édredon de mauvaise réputation je ne démontre j'avance je lèche sans fin


*


elle ne peint pas
elle travaille des mines décomposées la surface grelotte cela pousse coudes genoux langues sexe engoncé pleureuses au balcon l'enfance n'est pas un tremplin un sas sans pensée 
irradie donc

*


je verse
verse 
questions et valses épineuses j'observe un pourquoi posé là café fumant je résiste l'autre tient bien mais je suis équipée chaussures montantes et flasque chevillée à mon corps 
alors


*


je désire le plein installe des barbelés me trompe de côté au moment d'aller me coucher le miroir enfle derrière quelques vies patientent tètent ce qui dépasse ce que j'ai dégagé la veille veille
je tente le sourire sans séduire c'est un caramel sans goût des mamelles pendent guirlandes avant l'heure la joie existe en plusieurs formats


*


de vieux pirates hantent 
les mères 
à découvert c'est entendu je ne te ressemble pas je jubile ma peine je chante ô très haut mes épaules largent tant. j'ai trouvé sous les argues sous les fors sous les rauques un mot qui contient une vie. la mienne


*


cela cloche abat joue nous allions 
allant formidable la rose au vent crosse de cendres les géants nous attendaient yeux circonflexes et grottes de suie de sang de sexes tentaculaires à la nuit tombée cela cloche et console le rouge prègne des colonnes des colosses la route est un prétexte quand le foyer est défaillant ailleurs aussi on s'ennuie on crache on attend


*


je teste les poisons
un autre les antidotes 
puis
nous nous embrasserons


*


loigne et caresse le flottant le portant les totems gras et enterrés sous un silence d'ambre grillée à cette saison le cœur flaque flanque 
essorage rouge sec les lèvres tâtonnent nuit défaite par des corps insolents qui en dorment encore


*


mes doigts en pétales 
le vent charge
mon cœur accordéonne les épars 

au départ 
on n'a pas envie 

la sirène siffle

la route sinue si bien


*


petit effroi
dans le dos
le miroir et la mémoire se confondent 
femmes punaisées dégoulinent 
la parole étage
les triangles tiennent ensemble des choses qui ne le souhaitent pas
jeudi pour tout le monde


*



les pupilles dilatées c'est un train 
Sheila E en nonne assoiffée 
désormais les portes ne s'ouvrent qu'à l'amour 
cela énerve son prochain


*

pente agrume
je penche là où cela hésite 
mes désirs sont des montgolfières 
j'ai appris à hurler donner la main pas encore
je compte ce que je ne fais pas
cela prend du temps
la joie existe
et toi ?


*


motif décadent et santiags assorties
des cavaliers sommaires et assidus
jette 
crache
et cran
mon ami


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